U comme unique

Lorsque je parle de mon projet Mémo-Livre, une des critiques les plus courantes que je rencontre est « mais il faut que ce soit des personnes exceptionnelles ou qui ont eu un parcours spécial pour que ça vaille la peine d’être raconté… »

Lorsque l’on regarde des feuilles d’arbres avec intérêt comme peuvent le faire les enfants avec leur candeur, on ne retrouve pas une seule feuille identique à l’autre. Alors pourquoi nos vies humaines se ressembleraient-elles ?

Certes, une feuille d’érable ressemble à une autre feuille d’érable. Mais si on y regarde de plus près l’une est plus petite ou l’autre à des parties plus fines ou les nervures sont plus grosses… Les petites taches vont faire la spécificité de celle que l’on voudra garder.



La spécificité d’une vie va se reconnaître à ces petits riens : un mariage après les enfants, une naissance inespérée, un voyage au bout du monde, un couple atypique, des métiers anciens, un petit village inconnu, une vie de château, une guerre vécue de l’intérieur, des personnalités hautes en couleur…


La richesse d’une histoire tient dans ces petites nervures toutes particulières dans la trame d’une vie.


La beauté d’un récit tient au hasard des rencontres, aux souffrances et aux joies d’un parcours.


Mais surtout, le caractère unique d’une histoire l’est par celui, non moins unique, du narrateur. Une personne, comme je le disais, est comme un rubik’s cube et ses facettes se construisent au fur et à mesure des rencontres. Nous ne sommes jamais une seule et même personne face à divers interlocuteurs. Nos rencontres fondent une partie de ce que nous sommes. Une vie ne peut donc pas être identique à celle d’un autre. Même les vrais jumeaux vont se différencier en fonction de l’environnement qui les entoure.


Chaque vie est donc un diamant particulier, et les histoires d’un narrateur ne seront jamais les mêmes que celles d’un autre, fut-il même son frère jumeau. C’est ce qui me permet de revisiter mon histoire familiale avec de multiples récits. Chaque nouvelle personne me raconte sa vision d’une histoire commune. Mais chaque histoire est une version unique de la vérité telle que le narrateur l’a vécue. Cette pluralité de points de vue, même sur un passé commun, permet une vision plurielle de notre histoire qui pour moi est fascinante.