Nuit et brouillard

Qui n'a pas entendu parler de ce titre, que ce soit par le film d'Alain Resnais de 1956 ou pour la chanson de Jean Ferrat de 1963 ?

Qui n'a pas une connaissance minimum du sujet qu'implique ce titre ?

Oui, nous allons parler aussi des déportés, parce que la vie et la mort sont intimement liées, et le bien et le mal aussi.

La chanson vient d'une blessure personnelle qui rejoint la blessure collective : le père de Jean Ferrat est juif et a fait partie des déportés de Drancy puis d'Auschwitz, où il a été assassiné.

Jean Ferrat n'écrit pourtant pas sur une souffrance personnelle mais pour une injustice collective, et il se fait ainsi le porte-parole de cette douleur.

Seulement, lors de la sortie de cette chanson, on parle de la construction de l'Europe et d'un rapprochement franco-allemand, et il n'est pas très politiquement correct de repointer du doigt les problèmes du passé.

Comme la censure politique bat son plein dans les médias français, la chanson est tacitement interdite d'antenne par le patron de l'ORTF, Robert Bordaz. Et pourtant, un dimanche midi elle est programmée et passe dans l'émission "discorama" sur la première chaîne.


Le public adhère rapidement et la chanson propulse son auteur, compositeur, interprète sur le devant de la scène. Jean Ferrat reçoit même le grand prix du disque de l'Académie Charles-Cros pour cette chanson.


Cette dernière porte avec elle l'histoire des déportés. Il les met tous sur un pied d'égalité : il cite des noms français, russe ou juif, il fait référence à différentes religions Jesus, Jéhovah ou Vichnou. Il fait de cette chanson un chant universel pour tous les martyrs de la directive "nuit et brouillard" (nacht und nebel) ordonné par Hitler en 1941 : les personnes représentant une menace pour le Reich ou l'armée allemande doivent être déportées en Allemagne, dans le plus grand secret, afin qu'ils disparaissent pour tous, voire qu'ils soient exterminés. Les populations ciblées sont, entre autres, les opposants politiques, les résistants, les homosexuels, les handicapés mentaux, les juifs, les tziganes...


On voit qu'avec un tel choix de victimes, l'histoire d'une famille contemporaine peut avoir croisé le chemin de cette directive et de la folie meurtrière d'Hitler. L'aventure Mémo-livre est alors aussi un passage par cette souffrance et ses absents. Il n'y a pas de petite souffrance quand elle est vécue dans une telle volonté de nuire à autrui, et l'histoire familiale suit alors la trace de l'Histoire.

Mais elle n'est pas seulement cela, et je me fais fort de retrouver la trace, dans la mémoire familiale, des disparus tels qu'ils étaient avant. On apprend qui ils étaient et comment ils vivaient. Parce qu'ils n'ont pas été que des victimes de la seconde guerre mondiale ou de tout autre fait destructeur des hommes. Ils étaient avant tout fils ou filles de..., parents de..., amis de..., grand-parents de..., et ils étaient gais, colériques, joueurs, tricheurs, tendres...

De même, ils ont laissé une trace qui fait que le petit-fils porte son nom, que la grande sœur a le même caractère... Et ils n'ont pas tout à fait disparu. Ils font partie d'une histoire qui a commencé avant eux et qui, comme pour tout le monde, continuera après eux, mais avec un bout d'eux pour toujours...


Cette chanson est un rappel, pour que l'on n'oublie pas l'Histoire, mais vous que faites-vous de l'histoire de vos proches ?