B comme Bienveillance

Mon parcours personnel et professionnel m’a appris à manier un nouveau mot, la bienveillance. Il est souvent mis en avant dans les métiers du sanitaire et social, justement parce qu’il n’est pas si simple de l’appliquer lorsque les chiffres dirigent l’humain… J’ai tellement vu des dirigeants le valoriser alors qu’ils n’arrivaient pas à le faire appliquer, que ce mot me parait comme pour beaucoup, plus un produit marketing qu’un idéal.


Quel dommage, de voir de si gentilles personnes âgées malmenées par un système de rentabilisation temporelle. Quel dommage, de constater qu’une personne dite aigrie par la vie l’est plus sûrement par les manipulations empressées du matin. Quel dommage, de voir des professionnels si dévoué à leur travail ne pas pouvoir le faire bien, faute de temps. Quel dommage, d’entendre une encadrante parler de son personnel avec tant de conviction, mais qui ne peut empêcher que celui-ci souffre. Quel dommage, de vouloir faire un travail de qualité, mais de ne pas sentir la reconnaissance du travail bien fait, parce que même les cadres n’ont pas le temps de le valoriser.


La bienveillance, c’est voir une soignante qui à la fin de son service descend un étage pour aller dire bonjour à une vieille dame qu’elle n’a pas vue depuis longtemps, car ce mois-ci, elle a été placée au deuxième. La bienveillance, c’est sortir son portable, non pas pour regarder ses réseaux sociaux, mais pour partager avec les anciens les dernières photos de sa petite famille et faire rire les résidents sur les anecdotes du week-end dernier. La bienveillance, c’est prendre le temps de demander ses préférences à la personne concernée, afin d’aller plus vite après, en ne devant pas insister sur tous les actes de son métier plus tard.


Etre bienveillante dans mon nouveau métier, c’est prendre le temps, le temps de l’écoute dès la première rencontre pour qu’une personne parle librement, afin que le projet soit le sien. La bienveillance, c’est d’essayer de l’aider à retrouver le plus de souvenirs possible, mais de lui faire relire l’histoire pour que la version finale ne parle que de ce qu'elle veut bien livrer aux autres. La bienveillance, c’est de ne pas juger ce qui m’est livré, car chaque histoire est différente, et on ignore ce que l’on aurait fait dans les mêmes conditions.


J’aime les histoires et elles sont toutes passionnantes. Et j’adore aller dans les archives pour chercher plus loin les petits plus qui vont les rendre plus complètes. Mais ces petits plus seront ajouté dans le texte final que si le narrateur le souhaite pas. Pour moi les belles rencontres sont faites d’Amour et de Bienveillance.