A comme Amour

Je vais vous parler d’un amour transgénérationnel, dont on parle dans les livres et qui pourtant ne coule pas de source : l’amour d’un enfant pour ses grands-parents. Dans mon entourage, et je ne rentrerai pas volontairement dans les détails par respect pour les personnes citées, j’ai vu des grands-parents qui n’étaient pas aimables au sens premier du terme, d'autres qui n’étaient pas présents, certains qui ne considéraient leur rôle d’aîné que pour la galerie, des grands-parents qui faisaient des gâteaux ou tout un tas d’activités avec les petits enfants pour vivre à cent à l’heure le moment de la rencontre, ou des grands-parents souriants et attentifs.

Ma grand-mère était de cette dernière catégorie, elle souriait souvent et tout son visage en était transformé. Elle avait un bon sens de l’humour et un franc-parler qui parfois pouvait en heurter certains. Moi, je passais à côté, ne voyant pas les allusions que certains avaient cru déceler dans ses propos, et ne m’offusquant pas d’un ton un peu trop brusque lors d’une phrase emportée par l’émotion. Je sentais qu’au-delà des mots, l’intention était bonne et cela me suffisait. Et plus tard, je découvrais qu’un cri vaut bien mieux que le silence.


Il n’a pas été si simple de l’aimer, car cet amour n’était pas consensuel et les griefs de l’enfance en arrêtaient plus d’un. J’ai réussi à imposer la trêve intergénérationnelle sur le principe qu’une grand-mère n’est pas une mère, et que les fautes du passé ne concernent pas la nouvelle génération. J’érigeais, d’ailleurs, ce principe jusqu’à mes enfants, plus tard, concernant mes propres griefs…


Mamie était une personne que j’aimais aller voir. Et elle m’a donné le goût du partage avec les anciens et a guidé mes pas vers mon métier d’animatrice pour personnes âgées. Elle racontait beaucoup d’histoires que j’adorais écouter, et a été la première narratrice de mon nouveau métier : gardienne de mémoire.


Je me plais à penser qu’elle a été mon passé, mais aussi qu’elle a créé mon avenir.